La fois où j'ai gravi un volcan

C'était en Guadeloupe, février 2019. Dans vie, j'suis pas une grande sportive. Même que j'suis pas une grande active. Tu me donnes le choix entre peindre des macaronis pis aller faire un jogging, #sorrynotsorry mais j'vais aller chercher mes pots de gouache.


Mais des fois, j'fais des fixations sur des affaires. Pis en achetant nos billets pour la Guadeloupe, j'me suis dit "On va monter le volcan de la Soufrière". Mon idée était faite. Pis j'ai une tête dure. J'ai lu un peu, on parlait d'arriver tôt pour éviter les grosses chaleurs, mais aussi pour pouvoir se stationner le plus proche possible du début du sentier. Ainsi soit-il.


On est arrivés vers 7h le matin. On a commencé la rando, c'était dans le bois, un petit dénivelé mais rien de bien alarmant. On avait du fun, les oiseaux chantaient pis y'avait pas un chat. On est arrivés à une surface plane, asphaltée, pour comprendre que c'était le "vieux stationnement", j'avais lu là-dessus. Pis là, on a compris dans quoi on s'était embarqués 😂 Baptince. J'me suis ennuyé de mes pots de gouache pendant une couple de kilomètres.


Pendant les 4-5h de rando, y'a fait soleil à peu près 10 minutes. On était trempes à lavette, comme y disent. De pluie pis de sueur. Y faisait chaud la plupart du temps, mais y "brumassait" pis y'avait des petits bourrasques d'air frais. On passait notre temps à enlever pis remettre notre manteau. Mettez des p'lures, qui disent! Ça va aider, qui disent! J'pense j'ai dépensé autant de calories en faisant la gestion de mon manteau qu'en faisant l'ascension.


Les rochers étaient mouillés, c'était glissant et la visibilité n'était pas fameuse. Tout ça ajouté au fait que j'ai pas un cardio d'enfer, ni même les muscles des mollets ultra développés. Mais bon. J'avais beaucoup de bonne volonté 💪😅


En montant, plusieurs randonneurs lancent l'encouragement typique : "Allez hop, vous êtes presque rendus, il n'en reste pas beaucoup!"... On peut tu s'entendre tous ensemble pour dire que peu importe la randonnée que tu fais, cette phrase est le plus gros mensonge de l'histoire?


On n'en finissait pu de pas arriver en haut. La terre rouge devenaient de plus en plus de la bouette rouge, les végétaux étaient couverts de gouttelettes, l'horizon au loin perçait des petits trous dans les nuages, laissant apparaître tantôt la mer, tantôt un arc-en-ciel. Ces éclaircies donnaient espoir d'arriver au sommet et avoir une vue imprenable sur toute la côte ouest de la Guadeloupe.


Haha! Non.


Arrivés en haut, c'est plutôt un brouillard épais qui nous attendait, des rafales de vent, de la pluie froide sur nos corps qui avaient chaud. C'était pas exactement le feeling auquel je m'attendais en prenant ma photo de "Youpi, j'ai réussi!". On voyait à peine à 2m devant nous 🤣 On repassera pour la belle vue panoramique, ein!! On allait assurément pas faire le cover du National Geographic avec nos belles photos de brouillard gris!


Sur le coup, j'étais un peu boubou. J'avais envie de voir loin à l'horizon pis prendre une photo du ciel bleu. Mais en commençant la descente (qui, by the way, a été aussi ardue que la montée, peut-être même plus), j'ai catché que je venais de gravir un VOLCAN. J'ai faite ça, moi. Monter un volcan... Pardon?



J'étais tellement focus à vouloir prendre une belle photo parfaite en haut que j'étais en train d'oublier l'essence de ma mission initiale : pouvoir cocher "Monter un volcan" ✅ sur ma bucket list. C'est à ce moment que j'ai mis mon énergie sur autre chose que d'essayer de vouloir prendre le même cliché que tous les autres blogueurs qui sont passés par là. J'ai vu combien la végétation était absolument magnifique. La bouette rouge est devenue une œuvre d'art à mes yeux. La brume, un effet spécial. La pluie, une nouvelle dimension. J'ai pensé à ma gouache, pis je ne m'en suis pas ennuyée.


Un résultat n'est pas toujours comme on se l'était imaginé. Le sentiment d'accomplissement, par contre, surprend toujours et marque encore plus que le souvenir photo. Aujourd'hui, quand je raconte cette journée, je commence par "La fois où j'ai gravi un volcan", et non pas par "La fois où j'ai pris une belle photo de l'horizon." Pis encore aujourd'hui, deux ans plus tard, je suis émue à y repenser et je suis encore fière de moi. Y'a aucun brouillard qui effacera cette fierté.