Défi 30 jours de blog // Jour 2



Deuxième défi : écrire au sujet de quelque chose qu'on m'a déjà dit à propos de mois et que je n'oublierai jamais. Rendue à presque 28 ans, on m'en a dit des affaires dans la vie. Des fines pis des moins fines. Et la plupart d'entre vous qui me lisent ont clairement l'habitude de lire des trucs très positifs, des "bons côtés de la médaille", des anecdotes drôles, remplies de bonheur pis toute. J'suis comme ça, j'ai l'optimisme facile! Mais faut pas s'y méprendre : tout le monde a ses moments plus difficiles. Pis aujourd'hui, en lisant le défi, ça m'a ramené à une époque moins l'fun de ma vie. J'me suis rappelé de la première chose qu'un gars m'a dite, à ma première journée de secondaire I, y'a déjà 16 ans de ça. Pis étant donné que c'est le temps de la rentrée scolaire, j'ai cru bon ressortir ces vieux souvenirs-là. Mais on va commencer par reculer un ti-peu plus loin.


Avec mes parents, quand j'étais plus jeune, on a beaucoup déménagé. On s'est promenés d'un bord pis de l'autre du Québec. Mes parents ont toujours été un brin bohème (j'aimerais rappeler que je m'appelle Gitane) et ont toujours aimé faire les choses différemment - ce qui m'a été très bénéfique. Mes parents tenaient des boutiques d'antiquités et d'objets de collection, pis quand ça marchait pu assez dans la ville où on était, on prenait nos baluchons pis on déménageait. Honnêtement, jusqu'à 10 ans, ça me faisait ni chaud ni froid. À cet âge-là, c'est facile de se faire des nouveaux amis! J'étais une petite fille super sage, timide, discrète mais souriante. Dans un même ordre d'idées, mes parents m'ont appris jeune que l'apparence, l'extérieur, c'était pas ça qui importait. On n'avait pas beaucoup de sous. Nous autre, pour la rentrée, on n'allait pas chez Simons, on allait chez Croteau. Pis à Noël, on s'donnait pas des skis pis des cadeaux qui coûtent cher, on se donnait un ou deux films en VHS (probablement trouvés dans une vente de garage l'été d'avant) pis une Polly Pocket. T'sais, vivre simplement. Pis c'était vraiment cool.

Pis là, j'suis arrivée devant le gros édifice en béton en septembre 2001. On avait emménagé à Granby un an auparavant, fait que j'avais fait ma 6e année du primaire là aussi ; mais ma bonne amie n'était pas inscrite à la même école secondaire que moi. J'arrivais donc toute seule, comme une grande. Je connaissais quelques visages, mais c'était des cool. Pas dans ma ligue, mettons. En plus, j'étais l'une des plus jeunes ; j'avais 11 ans (j'suis née en novembre, j'ai commencé la maternelle à 4 ans suite à une dérogation). Y'a plein de monde qui avait 12, 13, même 14 ans. Ça n'a l'air de rien, mais un ou deux ans de différence à cet âge-là, c'est huge. Donc voilà, septembre 2001, la cloche sonne, même pas besoin de se mettre en rang et attendre le prof pour aller aux casiers, j'étais libre. Mon Dieu, j'étais devenue une adulte (dans ma tête)!

L'avant-midi s'est déroulé sans pépin : j'ai trouvé mon casier, salué timidement mes voisins pour l'année, j'ai assisté à mes deux premiers cours, même pas eu de misère à trouver mes locaux. J'ai dîné toute seule, mais ça va. J'étais en observation. C'était animé, y'avait de la musique dans l'agora, les jeunes étaient tous beaux dans leurs nouveaux vêtements de la rentrée. Moi j'm'étais quand même bien débrouillé avec mon p'tit t-shirt mignon pis mon espèce de veste en plastique bleu poudre. En fait... c'est sûrement ma sœur qui m'avait donné son linge pour me pimper un peu!


Le troisième et avant-dernier cours de la journée, c'était français. On avait déjà des places attribuées, j'pense qu'on était assis en ordre alphabétique selon nos prénoms. Deuxième rangée à partir de la porte, 2e bureau dans la rangée. J'm'en rappelle comme si c'était hier. Le cours allait commencer dans quelques minutes, tout le monde parlait, beaucoup de gens avaient l'air de se connaître déjà. Moi, comme d'habitude, je regardais partout, j'observais, j'essayais de trouver des visages familiers. Pis j'me suis retournée pour regarder qui était assis en arrière de moi. Il m'a regardée. Il s'est esclaffé. Pis y'a dit :

"Tabarnak! T'as donc ben des grosses babines de suceuse toé!"

Ses amis ont ri. Ses paroles ont résonné dans ma tête. J'pense que, prise de panique, j'lui avais répondu "Merci" ou une connerie de même. J'avais envie de rentrer dans l'plancher. De disparaître. La prof a commencé à prendre les présences. Bien entendu, en ordre alphabétique. J'ai pas eu besoin de regarder dans sa direction pour savoir que le gars qui était assis en arrière de moi s'appelait Guillaume. Lui pis sa p'tite gang allaient me polluer l'bonheur pendant les trois prochaines années.

J'm'en faisais pas trop, t'sais. J'avais d'la peine, mais j'm'empêchais pas de continuer à faire mes p'tites affaires. Pendant les deux premières années, c'était tel quel. Guillaume, Alexandre pis Loïc jouaient avec ma naïveté. Ils me posaient des questions pièges pis y riaient d'mes réponses. J'me rappelle d'une fois où j'ai parlé avec Alex sur MSN (old school, je sais). J'étais contente, parce que j'avais osé lui dire que j'les trouvais méchants, pis y'était super réceptif. J'ai fait la gaffe de lui dire que dans l'fond, j'pensais ben qu'il était gentil... Yeah. Le lendemain, il avait imprimé la conversation et l'avait montrée à tous ses amis. Ils riaient. Personne ne me prenait au sérieux. Encore une fois, j'aurais voulu que le plancher en linoléum beige m'avale.

Le coup de grâce a été en secondaire III. Cette année-là, je commençais à me découvrir une passion pour la musique et la scène. J'me suis donc inscrite en "concentration" comédie musicale. Quatre après-midi sur neuf, j'allais chanter et danser. Par contre, ça fait que j'étais dans un groupe fermé pour tous mes cours : tous ceux qui étaient en "concentration" manquaient des cours, donc pour faciliter le rattrapage, on était tous ensemble. Devinez avec qui je devais passer tous mes cours... le trio infernal, ben oui. Eux, ils ne chantaient pas : y faisaient du sport. Hockey ou whatever, j'm'en rappelle pas. Mais bon, on dirait que j'étais devenue invisible, ils m'ignoraient pis ça me dérangeais pas tant que ça. J'me rappelle qu'en début d'année, Guillaume était arrivé avec des souliers Converse rouges. La mode arrivait à peine, pis j'me souviens avoir tellement espéré que ses amis rient de lui parce qu'il avait l'air d'un clown. Mais non. Parce qu'il était cool. Fait que c'était cool, des souliers de clown.

C'était à l'automne. Pour un cours d'art, on devait construire une cabane avec des matières premières. J'avais passé un temps fou avec mon père à construire ma cabane pis on va se l'dire, était su'a coche. Probablement l'une des plus belles de la classe. À la fin du cours, j'ai pris mon temps pour ramasser mes trucs, presque tout le monde avait quitté, même la prof. Les 3 gars se sont avancés vers moi et m'ont demandé s'ils pouvaient regarder ma cabane, ils la trouvaient vraiment nice. Gigi la naïve a dit oui, même qu'elle était contente pis elle se disait qu'enfin ils allaient peut-être la prendre au sérieux. Haha. Ouin, non. Y'a un des trois qui l'a prise pis qui l'a garochée à terre. Ils se sont mis à piler dessus en riant. Ils nous ont laissé comme ça, mon p'tit coeur ratatiné, ma cabane écrapoue et moi-même.

Là, j'en avais plein l'cul. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'ai été voir ma prof "référence", j'lui ai dit que j'voulais pu jamais les revoir. Ben sûr, elle n'a pas pu faire grand chose. Elle m'a proposé de prendre l'après-midi off et m'a dirigée vers l'espèce de salle avec les travailleurs sociaux pis toute. J'ai dessiné tout l'après-midi. J'étais dans tous mes états. Je devais me résigner à continuer mon année scolaire avec ces trois maudits crapets-là. Y'a un déclic qui s'est fait dans ma tête. J'avais pas besoin de vivre dans leur ombre. Que j'sois gênée, timide, belle, laide, talentueuse ou stupide, ces gars-là allaient m'achaler tant qu'ils le pourraient.

J'ai commencé à m'impliquer dans toutes sortes de comités. Faire plein de spectacles. J'ai rencontré et appris à connaître des gens merveilleux parce que j'avais décidé de sortir de ma coquille. J'ai commencé à emmener ma guitare à l'école pour jouer avec des amis sur l'heure du midi. L'année suivante, j'ai changé d'école - la poly où j'étais ne donnait que secondaires I, II et III. Ça a été un nouveau départ. Je jouais de la musique à tour de bras, j'me suis impliquée dans des comités pour l'organisation de plein de shows, j'ai pété des scores, j'étais occupée avec des activités parascolaires à tous les soirs, j'allais assister à des matchs sportifs. J'ai même eu un ami joueur de football cool dans mon cours de sciences physiques, imagine.

L'été suivant, mes parents m'ont annoncé qu'on déménageait. Là, j'étais fâchée. J'étais pu une petite fille qui devenait amie avec n'importe qui. J'avais 15 ans, ça faisait à peine un an que j'étais finalement bien dans ma peau, pis là fallait que je recommence à zéro. J'blâme surtout pas mes parents, parce que c'est clair qu'ils avaient leurs raisons pis que s'ils avaient pu éviter ça, ils l'auraient fait. On m'a organisé un beau party de départ, j'ai fait signer plein de gens dans un p'tit cahier souvenir. C'est donc à reculons que j'suis partie de Granby pour aller finir mes études secondaires à East Angus. Le premier mois a été difficile. Pis j'me suis rappelé que comme en secondaire III, y'allait avoir personne qui allait changer ma vie pour moi. Si j'voulais être bien, ça passait toute par ma tête pis mon cœur en premier.


Croyez-le ou non, la photo ci-haut, c'est moi au bras du directeur adjoint de l'école en route vers le Gala Méritas de secondaire V, où j'ai rayonné. En plus de décrocher la Médaille académique du Gouverneur général, on m'a élue "Personnalité soleil féminine de l'année". Cette année-là, je me suis fait des amis authentiques, agréables à côtoyer, j'ai essayé toutes sortes de choses, c'est pas arrivé une fois que quelqu'un a essayé de me faire chier. Pourquoi? Juste parce que je m'assumais pis que j'avais confiance en moi-même, j'crois bien.

T'sais, j'ai stalké le Facebook de mes trois "camarades" de classe, ce soir, en écrivant cet article. Y'ont l'air ben corrects. Y se rappellent probablement de rien de ce que je viens d'écrire. J'ose imaginer que c'est loin derrière eux. Pis j'veux tellement pas d'excuses pis de sympathie là, ça n'a pas rapport. J'veux juste dire à ceux qui passent un mauvais moment en mauvaise compagnie de pas lâcher. Que les crapets, ça finit par disparaître au boute d'une canne à pêche.

Aujourd'hui, chers Guillaume, Alexandre et Loïc, j'suis une femme accomplie, je voyage, j'ai mon entreprise, je suis terriblement bien entourée et imaginez-vous donc que j'ai encore mes grosses babines. Pis guess what? Y'a du monde qui payent pour avoir des babines de même.


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