J'ai peur d'oublier



C'est vraiment une phobie.

Pour vrai.

J'ai peur d'oublier. J'ai peur de passer ma vie à voir des trucs merveilleux, rencontrer des gens formidables, découvrir d'autres cultures, sentir des nouvelles odeurs, toucher à des rochers, à l'écorce de nouveaux arbres, peur d'apprendre des histoires, d'apprendre l'Histoire avec un grand H, regarder des monuments et de fouler le sol d'une foule de nouvelles terres...

Et ne plus m'en rappeler.

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J'ai pas peur d'oublier des p'tites affaires niaiseuses comme remettre les œufs dans l'frigidaire après avoir improvisé une omelette ou payer une facture d'hydro là. Ça on s'en fout, je le fais déjà pis j'vous garantie qu'à part m'occasionner une auto-tape dans l'front pis un "Voyons Gigi, maudite marde, t'es ben perdue" marmonné à moi-même, ça change pas grand chose dans ma vie. Ça fait de moi ce que je suis. À la limite, ça m'rend attachante, j'pense.

Non, j'ai peur d'oublier, dans plusieurs années, ce qui aujourd'hui me passionne et me donne le goût de vivre à 100 miles à l'heure. J'ai peur de ne plus me souvenir des voyages que j'ai faits. Ou de les mélanger. D'être mêlée au point de confondre le doux sable blanc immaculé de White Sands Monument avec les dunes de sable orange du Maroc (parce que je le sens, j'irai bientôt au Maroc). De confondre les grands cactus Saguaro de l'Arizona avec les mignons cactus d'Aruba. Froncer les sourcils en me demandant si le petit resto où j'ai mangé des pâtes au "pistou" avec mon père, c'était en France ou en Italie.